Traitement du cancer de la thyroïde : quels effets sur la qualité de vie des patients ?

La qualité de vie à moyen terme des patients traités pour un cancer de la thyroïde n’est pas altérée par une thérapie par iode radioactif. C’est la conclusion de l’étude Start1. Elle est menée depuis 2020 par des chercheurs du Laboratoire d’épidémiologie de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR), basé dans les Hauts-de-Seine. Elle inclut 136 patients atteints et pris en charge dans le service de médecine nucléaire de l’hôpital universitaire de la Pitié-Salpêtrière. Elle examine les effets potentiels de cette thérapie, administrée quelques semaines après et en complément d’une chirurgie, sur la qualité de vie liée à la santé, les symptômes d’anxiété et de dépression, et l’état nutritionnel.
Les doses qu’ont reçues les glandes salivaires sont estimées à partir de dosimètres placés dans le cou des patients et portés pendant cinq jours après le traitement. La qualité de vie et l’état psychologique des malades sont évalués avant la thérapie et six mois après à l’aide de questionnaires standardisés.
Aucune association statistiquement significative n’est constatée entre l’exposition à l’iode radioactif et les symptômes d’anxiété, de dépression et la nutrition. Par contre, une amélioration statistiquement significative du score de la composante physique, mesurée par le questionnaire de qualité de vie – diminution des douleurs et du déficit fonctionnel –, est observée en relation avec la dose reçue. Ce résultat est à interpréter avec prudence. En effet, les patients à qui une forte dose d’iode radioactif est administrée souffrent d’un cancer plus agressif que ceux qui en reçoivent une plus faible. Ainsi, l’évaluation avant thérapie peut avoir été impactée par les effets de la chirurgie préthérapie ; or aucune évaluation n’a pu être réalisée avant chirurgie.
La qualité de vie et le bien-être psychologique des patients traités pour un cancer de la thyroïde sont essentiels compte tenu du bon pronostic de survie.
Cette étude se poursuit avec un suivi à 18 et 36 mois afin d’étudier l’évolution de la santé des patients à moyen et long terme.
1. Salivary dysfunction after radioiodine treatment
INFOGRAPHIE – Quelles sont les étapes de la réalisation d’une étude clinique ? L’exemple de Start
Dix mille nouveaux cas de cancer de la thyroïde sont diagnostiqués tous les ans en France.
Certains sont traités par de l’iode radioactif. L’étude épidémiologique Start étudie ses effets sur la qualité
de vie des patients. Elle est menée par des chercheurs et des professionnels de santé de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris. Comment ? Qui sont les spécialistes impliqués ? À qui serviront les résultats ?
Pour en savoir plus
https://www.irsn.fr/page/etude-start-etude-risque-complications-salivaires-chez-patients-traites-liode-radioactif-dans
https://link.springer.com/article/10.1007/s11136-024-03721-0
Contact
Clemence BAUDIN,
chercheuse en épidémiologie au laboratoire d'épidémiologie, ASNR :
clemence.baudin@asnr.fr
Démarrage de l’EPR : quel est le suivi mené par les experts ?

Analyser les résultats des essais, étudier les dossiers d’autorisation pour le passage de palier de puissance, examiner les aléas, rendre des avis, assister à des inspections sur site et effectuer des points hebdomadaires avec l’industriel. Voilà les principales priorités des experts de l’IRSN – devenu aujourd’hui l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR)1 – depuis la première divergence du cœur du réacteur de l’EPR2 de Flamanville (Manche), atteinte début septembre 2024. La divergence correspond à l’atteinte de l’état critique du cœur, permettant le déclenchement des réactions en chaîne de fission. Une fois atteinte, la puissance du réacteur sera augmentée par paliers jusqu’à 100 % de puissance nominale (% Pn)3.

Au total une dizaine de spécialistes en neutronique et thermohydraulique sont impliqués dans le suivi du programme d’essais, préalables et postérieurs à la divergence. Ils analysent les résultats des essais physiques destinés à vérifier la conformité du cœur, le caractère enveloppe des hypothèses prises en compte dans les études de sûreté et le calibrage de l’instrumentation du cœur. Des experts et le chargé de site de l’installation analysent les résultats d’essais de systèmes – par exemple le système électrique. Plusieurs d’entre eux se rendent sur le site à l’occasion d’inspections de l’ASNR1 afin de suivre la mise en place et le déroulement de ces essais.
En 2025, les experts examineront les dossiers en support à des demandes de modifications. Ces dernières seront pour la plupart effectuées lors du premier arrêt du réacteur.
La mise en service de l’EPR de Flamanville est autorisée en mai 2024 par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Puis, début septembre, elle autorise l’engagement de la première divergence du cœur.
1.Depuis le 1er janvier 2025, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) sont regroupés au sein d’une nouvelle entité : l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR).
2. EPR est l’acronyme de Evolutionary Power Reactor, qui était initialement European Pressurized Reactor
3. La puissance nominale est la puissance maximale qu’une installation nucléaire peut produire de manière continue dans des conditions normales.
Pour en savoir plus
Urgence radiologique : un nouveau moyen de mesure de la contamination interne est disponible

Autonome, léger et facile à transporter auprès du public pour estimer une éventuelle contamination interne, ce nouveau dispositif pour réaliser des mesures anthroporadiométriques est désormais opérationnel. En cas d’urgence radiologique ou nucléaire, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) évalue évalue la situation et déploie à proximité de l’accident des véhicules-laboratoires équipés pour ce type de mesure. Pour les enfants et les personnes à mobilité réduite ne pouvant se déplacer à l’intérieur de ces véhicules, ce nouveau dispositif est plus adapté. Dénommé Syalma, il est constitué d’un support ergonomique qui convient à tout type de morphologie, et équipé d’un système de détection gamma conçu pour la thyroïde et le corps entier. Il comporte un logiciel d’acquisition, d’exploitation et de pilotage des mesures. Cette invention est brevetée. Syalma est destiné à être produit en plusieurs exemplaires et à remplacer progressivement une partie des véhicules actuellement utilisés. Il permettra le déploiement simultané de plusieurs systèmes modernisés pilotés par un unique poste de commandement dans un espace qui lui aura été réservé – un gymnase par exemple. Son premier usage sur le terrain est prévu lors des exercices de crise nationaux de l’année 2025.